Et si la dissolution de l’Assemblée nationale était une tempête dans un verre d’eau ?

FIGAROVOX/TRIBUNE - La dissolution de l’Assemblée nationale est la conclusion par l'absurde d'une coagulation politique contraire à la nature du régime pluraliste, analyse le chercheur à l'université de Harvard, Alexis Carré. Mais cette décision spectaculaire ne changera rien au blocage politique actuel, ajoute-t-il.

et si la dissolution de l’assemblée nationale était une tempête dans un verre d’eau ?

L’hémicycle de l’Assemblée nationale, à Paris, le 14 mai 2024.

Alexis Carré est chercheur postdoctoral au Program on Constitutional Government de l'Université de Harvard. Ses travaux portent sur le libéralisme et la guerre. Il a reçu le prix Raymond Aron 2021 pour la recherche en récompense de ses travaux de doctorat effectués à l'École Normale Supérieure. Vous pouvez le retrouver sur son compte X : @Aliocha24.

Évoquée depuis des mois à titre d'hypothèse, la dissolution de l'Assemblée nationale est devenue depuis hier soir, par la seule volonté du président de la République, la réalité pressante et l'horizon immédiat de notre vie politique. À peine ont-ils fini d'exprimer leur désaveu par les urnes, qu'Emmanuel Macron interrompt les Français pour leur demander de lui fournir une majorité claire au Parlement. Présentée ainsi, la chose a de quoi étonner. Et dans l'ombre des résultats du Rassemblement national, elle inquiète. Au milieu de la tempête de commentaires que ne manque pas d'ores et déjà de provoquer cette décision, il convient donc de prendre un peu de recul afin d'en comprendre la signification et la portée.

Commençons par noter que c'est la sixième fois de l'histoire de notre constitution qu'un président de la République décide de dissoudre l'Assemblée nationale. Malgré leurs différences, les cinq dissolutions précédentes avaient toutes eu pour but de doter le pouvoir exécutif d'une majorité parlementaire, ou de la renforcer, dans une situation où le parti présidentiel était ou se sentait en position de force. Les quatre premières y étaient parvenues. L'échec retentissant de la cinquième, décidée par Jacques Chirac en 1997, avait au contraire entraîné la plus longue période de cohabitation avec l'arrivée au pouvoir de la gauche plurielle. En alignant les calendriers électoraux, l'introduction du quinquennat en l'an 2000 entendait donc se substituer à cet instrument devenu hasardeux afin de garantir à l'exécutif le soutien de l'Assemblée dont il avait besoin pour gouverner.

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Or, Emmanuel Macron dispose déjà d'une majorité. Elle est certes relative et fragile mais les résultats de son parti et de ses alliés, ce dimanche, ne sauraient lui faire espérer la renforcer par un nouveau scrutin. Usé par une succession de réformes impopulaires, confronté à une insatisfaction généralisée, il est même probable que Renaissance perde des sièges, voire sa majorité le 7 juillet prochain. Soit le président l'ignore, ce qui serait curieux, soit il faut en conclure qu'il a décidé de donner à ce vieil instrument de nos institutions une signification nouvelle : à savoir non pas renforcer l'emprise de son parti au Parlement mais le dissoudre au contraire dans les oppositions. Les forces politiques en présence donnent elles aussi une signification inédite à ce curieux manège du gouvernement.

La République en marche (LREM) n'a en effet jamais connu l'alternance. Il fut, dès sa création, toujours du gouvernement et jamais de l'opposition. Recrutant ses électeurs et son personnel à gauche comme à droite, son prestige n'eut d'ailleurs jamais vraiment besoin de reposer sur un programme ou une identité politique précise. C'est qu'il ne fut pas soumis à la nécessité qu'a tout parti d'opposition d'exister au travers d'un discours clairement identifiable à défaut de détenir l'autorité publique à agir au nom de tous. Depuis sa création, cette formation a ainsi moins formé de militants qu'elle n'a attiré d'ambitieux. Car une fois que la victoire d'Emmanuel Macron eut soudain semblé réduire les partis de l'alternance traditionnelle à l'insignifiance, LREM ne se reconnut pour seuls adversaires crédibles que ces partis extrêmes qui quant à eux n'avaient jamais été que de l'opposition.

À ces ambitieux, le parti du président offrait le confort illusoire de n'avoir pour opposants conséquents que ces épouvantails que les électeurs n'étaient jamais censés vouloir porter au pouvoir. Les dernières années l'ont montré, la tentation fut irrésistible pour beaucoup. Se souciant moins de démentir que d'absorber ses adversaires, LREM devint en puissance le véhicule politique de tous ceux qui désiraient accéder aux fonctions de direction, qu'ils vinssent de la société civile ou des anciens partis.

Il devint en d'autres termes, pour ses candidats comme pour ses électeurs, le parti du seul gouvernement possible. Contrevenant à la pratique de l'alternance, l'opposition cessa quant à elle d'être conçue comme l'autre gouvernement possible pour devenir le seul moyen d'expression d'un mécontentement certes autorisé mais perpétuellement empêché. Une telle situation ne pouvait pas durer. C'est pourtant cette même dynamique que le président prétend prolonger en proposant d'investir tous les candidats issus du «champ républicain», pourvu qu'ils soutiennent son action dans une campagne si courte qu'elle ne laissera aucune place au débat.

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Cette dissolution n'est donc ni une catastrophe ni un pari génial ; elle est la conclusion par l'absurde d'une coagulation politique contraire à la nature du régime pluraliste. Dans une démocratie saine, les partis de gouvernements ne sauraient former une seule majorité faisant face à des oppositions perpétuellement exclues des affaires. Il faut bien un jour que la situation s'inverse. Le président le sait sans doute et c'est peut-être pourquoi il accepte le risque que son plan échoue et que le Rassemblement national sorte vainqueur des prochaines législatives. À défaut de parvenir à impliquer les oppositions dans son bilan, il n'aurait aucune raison de faire sa paix d'une telle défaite s'il ne pensait qu'en vue de la prochaine présidentielle, son parti souffrirait davantage de l'usure du pouvoir que de cette humiliation. On peine à saisir au nom de quelle proposition Renaissance continuerait de séduire ses cadres comme ses électeurs s'il perdait totalement l'accès aux fonctions de direction en 2027. Mais, protégé du mécontentement qu'il suscite par l'irresponsabilité du statut d'opposition, et avec le soutien d'un président cantonné aux questions moins clivantes de politique extérieure, il sera sans doute plus facile au parti de faire émerger un candidat intact pour lui succéder après son départ. L'entreprise est hasardeuse.

Qu'elle réussisse ou qu'elle échoue, que la majorité sorte renforcée ou réduite de cette élection, cette tempête dans un verre d'eau n'aura en tout cas rien changé aux blocages profonds qui caractérisent aujourd'hui notre existence collective. Étant donné la situation internationale, la tâche de la France est pourtant lourde. Qui est aujourd'hui en mesure d'en convaincre les Français ?

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